« Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Antonio Gramsci, Cahiers de prison
Habituellement, je ne parle pas de moi dans mes articles, neutralité oblige….Mon travail de psychanalyste m’amène avant tout à accueillir la parole de l’autre, à écouter les souffrances singulières, les blessures invisibles, les conflits intérieurs et les mouvements psychiques qui traversent chacun dans sa vie ou à des périodes charnières de celle-ci.
Avant d’être un symbole écologique, cette forêt a aussi été, à certains moments de mon parcours de psychanalyste, une véritable co-thérapeute.
Avec certains de mes analysants, elle a accompagné un travail intérieur. Ses arbres, ses plantes, son sable, ses pierres, ses chemins silencieux ont constitué autant de supports de projection, d’identification et de mise en mouvement psychique.
Dans ces espaces, certains ont pu retrouver un apaisement face à une anxiété profonde, traverser des périodes de découragement ou simplement retrouver un sentiment d’ancrage lorsque tout semblait trop difficile.
Parfois, il ne s’agissait que d’une marche dans ses allées, au printemps ou à l’automne, dans cette sensation particulière d’être enveloppé par un paysage vivant, porté par les odeurs, les couleurs, les matières et la présence silencieuse des arbres.
Cette forêt m’a rappelé combien notre lien au vivant participe aussi de notre équilibre intérieur. Aujourd’hui, face à la menace qui pèse sur elle, c’est avec une profonde gratitude que je mesure tout ce qu’elle a pu offrir : un espace de respiration, de transformation et de réparation.
Mais aujourd’hui, il m’est difficile de rester totalement neutre et extérieur à ce qui se déroule en ce moment même en France.
Depuis le mois de juin, elle traverse une succession d’épisodes de chaleur extrême. Nous venons déjà de connaître trois canicules, et nous sommes actuellement dans ce troisième épisode de chaleur intense.
Ces vagues de chaleur ne sont plus seulement des phénomènes météorologiques. Elles deviennent une expérience corporelle et psychique collective.
Une chaleur étouffante, une sensation d’oppression, un souffle difficile, un corps qui peine à retrouver son équilibre… Ces sensations font parfois écho à celles vécues lors d’une crise d’angoisse ou d’attaque de panique. Ces périodes de canicule sont particulièrement redoutées des gens anxieux, les sensations étant souvent proches, ces chaleurs peuvent déclencher des angoisses et ce qu’on redoutait est finalement provoqué.
Dans ma pratique clinique , j’observe actuellement une augmentation de personnes qui consultent pour des manifestations anxieuses : troubles physiques, attaques de panique, crises d’angoisse, sentiment d’étouffement, inquiétude profonde face à l’avenir. Parmi certains de mes analysants, les symptômes liés à l’anxiété ou la dépression se sont considérablement amplifiés.
Et aujourd’hui, la France brûle.
Au moment où j’écris ces lignes, des incendies ravagent plusieurs territoires. La forêt de Fontainebleau, lieu profondément inscrit dans notre imaginaire collectif, est touchée par les flammes. Plus de 2 000 hectares auraient déjà été parcourus par l’incendie.
Une forêt qui disparaît n’est jamais seulement une disparition d’arbres.
Elle touche quelque chose de plus profond : notre rapport au vivant, notre mémoire collective, notre sentiment d’appartenance à un monde qui nous dépasse. Cette forêt n’est pas séparée de nous : elle est une partie de nous-mêmes, et nous sommes une partie d’elle. Sa destruction vient toucher quelque chose de notre propre appartenance au vivant.
Face à cette forêt de Fontainebleau en flammes, je ne peux m’empêcher de penser à une femme écrivain qui, plus de 150 ans auparavant, avait déjà pressenti cette menace : George Sand.
George Sand : une conscience écologique avant l’heure
Au XIXᵉ siècle, alors que les fumées des usines commencent à envelopper les grandes villes européennes, George Sand observe avec inquiétude les conséquences de l’exploitation industrielle.
On connaît la romancière, la femme engagée, la figure féministe. On connaît moins son attachement profond à la nature et son combat pour la préservation des forêts.
Pour elle, la forêt n’est pas un simple décor.
Elle est un refuge, un lieu de beauté, de poésie, mais aussi le symbole d’un équilibre menacé par l’avidité humaine.
Dans Impressions et souvenirs (1872), elle écrit :
« Les besoins deviennent de plus en plus pressants. L’arbre, à peine dans son âge adulte, est abattu sans respect et sans regret. Si on n’y prend garde, l’arbre disparaîtra et la fin de la planète viendra par dessèchement, sans cataclysme nécessaire, par la faute de l’homme. N’en riez pas. Ceux qui ont étudié la question n’y songent pas sans épouvante. » George Sand, Impressions et souvenirs
Ces mots résonnent aujourd’hui d’une manière troublante.
Bien avant que nous parlions d’éco-anxiété, George Sand exprimait déjà une inquiétude face à la rupture du lien entre l’être humain et son environnement.
Son engagement, ainsi que celui des artistes de l’école de Barbizon, contribuera à faire reconnaître la nécessité de protéger Fontainebleau, jusqu’à la création d’une des premières mesures de protection de la nature au monde.
La Terre ne nous appartient pas : nous appartenons au vivant
Cette intuition traverse de nombreuses pensées philosophiques et écologiques.
Une phrase traditionnellement attribuée au chef Seattle rappelle cette interdépendance fondamentale :
« La Terre n’appartient pas à l’homme ; c’est l’homme qui appartient à la Terre. Toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la Terre arrive aux fils de la Terre. L’homme n’a pas tissé la toile de la vie : il n’en est qu’un fil. Tout ce qu’il fait à la toile, il le fait à lui-même. » Chef Seattle
Nous avons longtemps pensé la nature comme un extérieur, comme une ressource disponible.
La crise écologique nous oblige aujourd’hui à reconnaître que nous ne sommes pas séparés du monde vivant.
Comme l’écrivait Henry David Thoreau :
« Dans la nature sauvage réside la préservation du monde. »
Henry David Thoreau, Walden ou la Vie dans les bois
La nature n’est pas seulement un espace à protéger. Elle participe aussi à notre équilibre psychique.
L’éco-anxiété : un mot pour une souffrance contemporaine
Ces dernières années, le terme d’« éco-anxiété » s’est largement diffusé.
Il a permis de mettre un mot sur une expérience vécue par de nombreuses personnes : la peur face au dérèglement climatique, la tristesse devant l’effondrement de la biodiversité, la colère face à l’inaction, le sentiment d’impuissance.
Mais ce terme est aujourd’hui discuté. Car il réduit parfois à la seule anxiété une expérience émotionnelle beaucoup plus vaste.
Face aux bouleversements écologiques, les individus peuvent ressentir de la peur, mais aussi de la tristesse, de la colère, de la culpabilité, de la honte, du chagrin ou encore un désir profond d’agir mais sans savoir toujours comment le faire. De nombreuses associations voient le jour, elles mobilisent beaucoup de gens qui partagent les mêmes valeurs et surtout la même urgence.
Dans l’émission consacrée à l’éco-anxiété dans le cadre d’une journée spéciale sur la santé mentale, la psychologue clinicienne Manuela Santa Marina rappelait que le terme pouvait être réducteur, car il ne rend pas compte de toute la diversité des émotions traversées. Elle rappelle comme d’autres professionnels que l’éco anxiété n’est pas une pathologie, elle relève d’une détresse et d’une multitude d’émotions.
Alice Desbiolles : l’éco-anxiété n’est pas une maladie
La médecin en santé publique et épidémiologiste Alice Desbiolles, autrice du livre L’Éco-anxiété : vivre sereinement dans un monde abîmé, rappelle un point essentiel :
L’éco-anxiété n’est pas une maladie mentale. Elle correspond à une sensibilité, à une prise de conscience face à un monde dont les équilibres sont profondément fragilisés. Elle peut traverser toutes les générations et tous les milieux sociaux.
Elle invite surtout à une question fondamentale : comment vivre avec cette conscience sans sombrer dans l’impuissance ?
De l’éco-anxiété à l’éco-lucidité
Le terme d’éco-anxiété est également questionné par certains militants et chercheurs.
Dans leur ouvrage Vivre avec éco-lucidité, Maxime Ollivier et Tanguy Descamps proposent de déplacer le regard: Éco-lucides, politico-anxieux et ultra-motivés : tel est le crédo de la génération de Tanguy Descamps et Maxime Ollivier. En militants enthousiastes, ils décortiquent le phénomène de l’éco-anxiété et partagent des outils pour transformer ce sentiment de peur face à l’urgence climatique en levier d’action.“ L’angoisse de la crise écologique que nous vivons n’est pas une pathologie, mais une réaction légitime qui nous rappelle que le souci du vivant est notre intuition. Redéfinie, la politico-anxiété nous libère du sentiment d’impuissance pour oser des actions collectives ambitieuses. Quand l’éco-anxiété tétanise, l’éco-lucidité est un signal favorable à l’engagement car notre crainte de l’avenir est comprise et transformée en désir d’agir”.
L’éco-lucidité ne considère pas seulement la souffrance écologique comme une anxiété à diminuer. Elle reconnaît qu’elle peut être une réaction cohérente face à une réalité que certaines personnes perçoivent avec acuité.
Être lucide sur l’état du monde ne signifie pas être condamné à l’angoisse.
Cela peut devenir un point de départ : retrouver du sens, créer du lien, agir collectivement.
La solastalgie : le chagrin d’un monde qui disparaît
Le philosophe australien Glenn Albrecht a créé le terme de solastalgie.
Il désigne la souffrance ressentie lorsque notre environnement familier se transforme profondément alors même que nous y vivons toujours.
Ce n’est pas la nostalgie d’un lieu quitté. C’est la douleur de voir disparaître un monde auquel nous appartenons encore.
Une forêt détruite, un paysage transformé, une biodiversité qui s’efface peuvent provoquer une forme de deuil écologique.
Une crise écologique, mais aussi une crise existentielle
La crise environnementale touche finalement à des questions profondément humaines :
Quel avenir pouvons-nous encore imaginer ?
Quel monde souhaitons-nous transmettre ?
Comment continuer à habiter la Terre ?
Le philosophe Baptiste Morizot, notamment dans Manières d’être vivant, nous invite à repenser notre relation aux autres formes de vie.
Aldo Leopold, dans A Sand County Almanac, écrivait :
« Une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse » Aldo Leopold
La crise écologique est donc aussi une crise du lien.
Transformer l’inquiétude en conscience et en mouvement
Comme le rappelle la philosophe Corine Pelluchon avec son idée de « communauté de vulnérabilité », nous avons besoin d’espaces où partager ce que nous ressentons.
La souffrance écologique ne doit pas être isolée ni réduite à une fragilité individuelle. Elle peut aussi devenir un lieu de rencontre, de réflexion et d’action.
L’enjeu n’est peut-être pas de faire disparaître cette inquiétude.
Certaines émotions ont une fonction : elles nous alertent sur ce qui compte.
Derrière ce que l’on appelle aujourd’hui « éco-anxiété » se trouvent parfois une souffrance profonde, mais aussi une conscience, une quête de sens et un désir de préserver ce qui nous relie au vivant.
La question n’est peut-être donc pas seulement :
Comment ne plus avoir peur du monde qui change ?
Mais plutôt :
Comment continuer à vivre, penser et espérer dans un monde qui change ?
Peut-être est-ce là l’un des grands défis psychiques de notre époque : apprendre à rester en lien avec le réel sans être submergé par lui. Accepter de ressentir la tristesse, la colère ou l’inquiétude sans les considérer comme des faiblesses, mais comme des signes de notre capacité à être touchés par le monde.
Car ce qui nous fait souffrir aujourd’hui est aussi ce qui témoigne d’un lien encore vivant.
L’enjeu n’est peut-être pas de devenir indifférents à la disparition des forêts, à l’effondrement du vivant ou aux bouleversements qui s’annoncent. L’enjeu est plutôt de transformer cette conscience douloureuse en une force intérieure : une capacité à prendre soin, à créer du lien, à agir à notre mesure.
Entre le déni et la sidération existe un autre chemin : celui d’une lucidité habitée par l’espoir.
Comme l’écrivait Antonio Gramsci : « Le pessimisme de l’intelligence, l’optimisme de la volonté. »
Car voir la réalité du monde qui change ne doit pas nous conduire à détourner le regard, mais à retrouver notre capacité d’agir.
Une manière nouvelle d’habiter le monde, où prendre soin de la Terre revient aussi à prendre soin de nous-mêmes.
Retrouver un pouvoir d’agir
L’une des premières étapes consiste à reconnaître ce que l’on ressent et à ne pas rester seul avec ses inquiétudes. Mettre des mots sur ses émotions, pouvoir les partager avec un proche, un groupe ou un professionnel permet souvent de sortir de l’isolement dans lequel l’éco-lucidité peut parfois enfermer.
La médecin Alice Desbiolles rappelle qu’il est également essentiel de savoir « lâcher prise, sans renoncer ». Autrement dit, il est parfois nécessaire de prendre de la distance avec le flux permanent d’informations alarmantes, non pour détourner le regard de la réalité, mais pour préserver ses ressources psychiques. Se protéger n’est pas abandonner ; c’est se donner les moyens de rester engagé dans la durée.
Le psychologue Pierre-Éric Seutter décrit un cheminement que beaucoup reconnaîtront : la découverte de la gravité des enjeux environnementaux provoque souvent un choc, suivi d’émotions intenses, d’un sentiment d’impuissance, parfois même de découragement. Ce parcours n’est pourtant pas une impasse. À condition que ces émotions puissent être reconnues, accueillies et progressivement transformées, elles peuvent devenir un moteur plutôt qu’un frein.
Lorsque l’on prend conscience de l’ampleur des bouleversements écologiques, nos gestes quotidiens peuvent paraître dérisoires. Pourtant, modifier certaines habitudes de consommation, réduire son empreinte environnementale, privilégier les mobilités douces ou s’impliquer dans une initiative locale permet souvent de retrouver un sentiment de cohérence entre ses valeurs et ses actes. Ce n’est pas tant l’efficacité immédiate de chaque geste qui importe que le fait de sortir de la paralysie.
La recherche va d’ailleurs dans ce sens. Plusieurs travaux montrent que les personnes qui s’engagent dans des actions collectives présentent moins de symptômes anxieux ou dépressifs que celles qui restent seules avec leurs préoccupations. Agir aux côtés d’autres personnes restaure le lien social, redonne un sentiment d’utilité et permet de retrouver une forme de pouvoir d’agir.
Cet engagement peut prendre des formes très diverses. Pour certains, il passera par une association ou un collectif citoyen. Pour d’autres, il commencera plus simplement au sein de leur famille, de leur quartier, de leur école, de leur entreprise ou de leur copropriété. Il n’existe pas une seule manière de contribuer.
Il est toutefois essentiel de rappeler qu’un engagement durable suppose de prendre soin de soi. Le militantisme, lorsqu’il devient permanent ou s’accompagne d’un sentiment de responsabilité écrasant, peut conduire à un véritable épuisement. Préserver son équilibre psychique n’est pas un luxe : c’est une condition pour continuer à agir dans le temps.
Cette vigilance est particulièrement importante chez les adolescents et les jeunes adultes. Plus leur horizon de vie est long, plus les projections vers l’avenir peuvent devenir angoissantes. Les aider consiste d’abord à reconnaître la légitimité de leurs inquiétudes, à ouvrir un espace de dialogue et à les accompagner dans la distinction entre ce qui dépend d’eux et ce qui échappe à leur contrôle. Cette différenciation constitue souvent un premier pas pour réduire le sentiment d’impuissance.
Enfin, lorsque cette souffrance s’accompagne de troubles du sommeil, d’attaques de panique, d’un repli sur soi, d’un décrochage scolaire ou professionnel, ou qu’elle envahit durablement le quotidien, il est important de ne pas rester seul. Consulter un médecin, un psychologue ou un psychiatre ne signifie pas que cette sensibilité est pathologique ; cela permet simplement de trouver un espace pour comprendre ce qui est vécu, retrouver un équilibre et construire des ressources adaptées.
Au fond, prendre soin de sa santé mentale ne s’oppose pas à l’engagement écologique. C’est même l’une des conditions qui permettent de rester présent au monde, sans s’y perdre.
Quel accompagnement si l’anxiété est trop forte ?
Le terme éco-lucidité, proposé par Maxime Ollivier et Tanguy Descamps, me semble ici particulièrement pertinent. Il rappelle que ce qui amène certaines personnes à consulter n’est pas une fragilité psychique, mais parfois une conscience aiguë des bouleversements du monde. Pourtant, cette lucidité peut devenir difficile à porter lorsqu’elle envahit le quotidien.
L’objectif d’un accompagnement psychothérapeutique n’est pas de faire disparaître cette conscience, ni de convaincre la personne qu’elle s’inquiète « trop ». Il consiste plutôt à lui permettre de retrouver une capacité de penser, de ressentir et d’agir sans être submergée par ses émotions.
Comme toute souffrance psychique, celle-ci mérite d’être entendue.
Certaines personnes consultent parce que les informations liées au climat ou à l’effondrement de la biodiversité provoquent des crises d’angoisse, des attaques de panique, des troubles du sommeil ou un sentiment d’oppression permanent. D’autres décrivent une profonde tristesse, une colère, un sentiment d’impuissance ou encore un véritable deuil du monde tel qu’elles l’ont connu. D’autres enfin s’interrogent sur leurs choix de vie, leur désir d’enfant, leur rapport au travail ou le sens même de leur existence.
Aucune de ces réactions n’est identique. Il n’existe donc pas une réponse unique.
Le premier rôle de la psychothérapie est souvent d’offrir ce qui manque le plus : un espace où cette parole peut être accueillie sans être minimisée ni pathologisée. Pouvoir déposer ses inquiétudes, mettre des mots sur ce qui traverse, comprendre les émotions qui se mêlent peur, tristesse, colère, culpabilité, impuissance, constitue déjà une étape essentielle.
Selon les situations, différentes approches thérapeutiques peuvent être indiquées. Consulter un psychologue ou psychothérapeute dans le cadre d’une Les thérapie cognitivo-comportementale peut apporter des outils lorsque les attaques de panique, les phobies ou certains comportements obsessionnels deviennent envahissants.
Une approche psychanalytique avec un psychanalysteou psychodynamique cherchera davantage à comprendre la manière dont cette crise mondiale résonne avec l’histoire personnelle, les pertes anciennes, les angoisses existentielles et la construction du sujet. Lorsque la personne a vécu directement une catastrophe environnementale ou présente un état de stress post-traumatique, des approches comme l’EMDR peuvent également être pertinentes.
Dans certains cas, les groupes de parole ou les communautés de soutien permettent également de rompre un profond sentiment d’isolement. Comme le souligne la philosophe Corine Pelluchon, nous avons besoin de véritables « communautés de vulnérabilité », où il devient possible de partager ce qui nous affecte sans craindre le jugement.
Au fond, la question n’est peut-être pas de guérir de l’éco-anxiété ou de l’éco-lucidité.
Elle est d’apprendre à vivre avec cette conscience du monde, sans qu’elle nous prive de notre capacité à aimer, à créer, à transmettre et à agir.
Car prendre soin de notre vie psychique ne nous éloigne pas de la réalité écologique. Au contraire, cela peut nous permettre de retrouver suffisamment de stabilité intérieure pour continuer à prendre notre part, chacun à sa manière, dans le soin du vivant.
Associations:
Cataliz est une association loi 1901 luttant contre les conséquences négatives de l’éco anxiété a Paris. Il s’agit d’une cellule d’orientation qui redirige de façon humaine et personnalisée des personnes vers des ressources, structures de soin ou des actions locales. Des rencontres, ateliers et temps d’écoute sont organisés régulièrement, notamment à l’académie du climat.
Le RAFUE (Le Réseau des professionnels de l’Accompagnement Face à l’Urgence Écologique) est association qui rassemble tout type de professionnel.le.s de l’accompagnement (psychologues, psychothérapeutes, psychiatres, coachs, sophrologues etc.) conscient.e.s de l’impact des phénomènes environnementaux sur la santé psychique et mentale.
Sources et émissions ayant nourri cette réflexion :
- Émission consacrée à l’éco-anxiété dans le cadre d’une journée spéciale sur la santé mentale, avec Manuela Santa Marina et Maxime Ollivier.
- Entretien avec Alice Desbiolles autour de son ouvrage L’Éco-anxiété : vivre sereinement dans un monde abîmé.
- Réflexions issues des travaux de Glenn Albrecht sur la solastalgie, de Baptiste Morizot sur le lien au vivant et des approches philosophiques de Corine Pelluchon.
Côté bouquins
Approche clinique et psychologique
Antoine Pelissolo & Célie Massini — Les émotions du dérèglement climatique (Flammarion)
Ouvrage central pour l’article.
Approche psychiatrique et psychologique de l’éco-anxiété : peur, colère, tristesse, culpabilité, sentiment d’impuissance face au dérèglement climatique.
Permet de penser l’éco-anxiété non comme une simple pathologie, mais comme une réaction humaine face à une menace réelle.
Alice Desbiolles — L’éco-anxiété
Santé, écologie et souffrance psychique.
Notions importantes :
- éco-anxiété ;
- solastalgie ;
- perte d’un environnement familier ;
- rapport entre crise écologique et santé globale.
Tanguy Descamps & Maxime Ollivier — Vivre avec l’éco-lucidité
Réflexion sur la manière d’habiter une réalité écologique inquiétante sans sombrer dans la sidération.
Passage de l’angoisse à une forme de lucidité active.
Approches philosophiques, sociologiques et existentielles
Henry David Thoreau — Walden ou la vie dans les bois
Le lien sensible au vivant.
Une réflexion fondatrice sur la simplicité, la nature et la critique d’un mode de vie coupé du monde naturel.
Ulrich Beck — La société du risque
Pour comprendre notre époque : des risques globaux, invisibles, difficiles à maîtriser individuellement.
Glenn Albrecht — Les émotions de la Terre
Introduction de la notion de solastalgie : souffrance provoquée par la transformation ou la disparition d’un lieu aimé.
George Marshall — Le syndrome de l’autruche
Les mécanismes psychologiques qui expliquent pourquoi les sociétés peinent à intégrer la menace climatique.
Émissions replay — France Culture
France Culture — Éco-anxiété : le vert à moitié vide
Émission : La Science, CQFD
Mercredi 23 octobre 2024
France Culture — Votre cerveau : L’anxiété
Avec Antoine Pelissolo
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-l-anxiete-avec-antoine-pelissolo
Pas uniquement consacré au climat, mais très utile pour comprendre :
- la fonction de l’anxiété ;
- la perception de la menace ;
- la vigilance ;
- la contagion émotionnelle.
Émissions replay — France Inter
Éco-anxieux, ultra-lucides ? — Interception
Une des émissions les plus intéressantes pour votre angle.
Question centrale : l’éco-anxiété est-elle une fragilité ou une forme de lucidité face au monde qui change ?
Aborde le mal-être, la dépression possible, mais aussi l’engagement et la transformation personnelle.
Comment soigner l’éco-anxiété ? — Grand bien vous fasse
29 août 2022
Émission RTL
RTL — Réchauffement climatique : qu’est-ce que l’éco-anxiété ?
Antoine Pelissolo : ressources principales
Site d’Antoine Pelissolo — rubrique Éco-anxiété
https://www.antoinepelissolo.com/eco-anxiete
Conférence YouTube — Antoine Pelissolo : éco-anxiété
LCP — Éco-anxiété : faut-il s’inquiéter ?
Avec Antoine Pelissolo
Source scientifique de référence
GIEC — Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
https://www.ipcc.ch/