Qu’appelle- t-on une résistance en psychanalyse?
En psychanalyse, la résistance (du terme allemand Widerstand) désigne l’ensemble des processus, des paroles ou des comportements par lesquels un analysant s’oppose, de manière consciente ou inconsciente, au travail de la cure « Par mon travail psychique, je devais vaincre chez le malade une force psychique qui s’opposait à la prise de conscience ». Elle constitue ce qui fait obstacle à l’accès à l’inconscient et au déroulement du processus analytique. Freud élargit également cette notion en parlant de “résistance à la psychanalyse” elle-même, qui renvoie aux formes d’opposition que rencontre cette pratique, aussi bien dans le cadre de la cure que dans sa réception plus large en tant que théorie et méthode.
Pourquoi les résistances apparaissent elles pendant la cure?
Le travail analytique mobilise des mécanismes psychiques profonds, une quantité d’affects et d’énergie non négligeables notamment dans ce que l’on nomme le transfert, c’est-à-dire ce qui se rejoue et se répète dans la relation thérapeutique au psychanalyste. Des conflits anciens vécus dans la relation aux premières figures d’attachement peuvent se réactiver et remettre sur la scène de la cure analytique, des peurs, des blessures et des angoisses. Ce processus peut rendre le travail thérapeutique plus difficile, car la cure risque alors de se transformer en une simple répétition de schémas déjà connus. Cela se produit lorsque les interprétations ne permettent pas une véritable transformation psychique, et que les contenus inconscients restent pris dans leurs formes défensives plutôt que d’être élaborés.
Ce qui est important à comprendre, c’est que la résistance ne vient pas uniquement de l’inconscient en tant que tel. Au contraire, des éléments inconscients cherchent justement à devenir conscients. Mais les mécanismes de défense, qui avaient autrefois permis de protéger le psychisme en refoulant certains contenus douloureux ou honteux et culpabilisants, restent actifs pendant la cure
Ainsi, ces mécanismes de défense réapparaissent sous forme de résistance dans la thérapie. Le moi peut percevoir le changement ou la guérison comme quelque chose de dangereux, même si le désir d’aller mieux et de faire une thérapie sont identifiés.
Sigmund Freud met en évidence le lien étroit entre la résistance et le mécanisme de refoulement. Il décrit ce processus comme une force psychique qui maintient à distance de la conscience certaines représentations jugées inacceptables ou trop douloureuses pour le Moi.
Pendant la cure, l’analyste amène son analysant vers ses éléments refoulés, cette force défensive peut alors fortement se soulever, Freud dit à ce sujet «En m’efforçant, de diriger vers elle l’attention du patient, je sentais cette force de répulsion, celle même qui s’était manifestée par un rejet lors de la genèse du symptôme, agir sous forme d’une résistance ».
Des réactions de blocage et de peurs émergent, parfois très rapidement au cours du processus thérapeutique ou bien, au moment ou un événement, une situation ancienne sont abordés dans certains cas allant parfois jusqu’à perturber complètement le travail analytique.
On comprend alors que les résistances ne sont pas seulement des obstacles au fait de “comprendre” ce qui est inconscient, mais aussi des résistances au processus même de la cure et à l’idée de changement psychique.
C’est Sigmund Freud qui, le premier, a mis en évidence ce phénomène et en a fait progressivement un axe central de la pratique psychanalytique. Dès les Études sur l’hystérie (1895), il définit la résistance comme « ce qui entrave le travail thérapeutique », c’est-à-dire l’ensemble des forces et des manifestations qui, chez le patient, font obstacle au processus de guérison.
L’interprétation des résistances ne peut être dissociée de ce qui se joue dans la cure psychanalytique, notamment dans une pratique de psychanalyste Paris ou de psychanalyste Paris 9, et c’est la psychanalyse qui offre la conceptualisation la plus aboutie pour ce travail.
Freud observe alors que plus le travail analytique s’intensifie et se rapproche du nœud pathogène, plus les résistances se manifestent et augmentent. Dans un premier temps, il pense qu’il suffit de les considérer comme un obstacle à éliminer, il va alors utiliser une technique de persuasion, la méthode dite “ de pression sur le front” en posant des questions telles que “ qu’avez-vous vu? à quoi avez-vous pensé?”, il se rend compte alors qu’il est inutile de forcer des résistances. Freud en vient alors à reconnaître que ces résistances ne sont pas de simples obstacles à supprimer, mais des indicateurs essentiels des conflits psychiques à l’œuvre. Elles témoignent à la fois des mécanismes de défense du Moi et des contenus refoulés auxquels elles sont liées.
Un tournant s’opère dans sa pratique : plutôt que de chercher à lever les résistances par la contrainte, Freud choisit de les interpréter. Cette évolution marque un changement fondamental dans la technique psychanalytique, où la résistance devient un élément central du travail plutôt qu’un empêchement à contourner.
Cette conception est une constante dans l’élaboration de sa théorie. Dans l’un de ses derniers écrits, Analyse terminable et interminable (Die endliche und die unendliche Analyse), Freud formule ainsi « Les mécanismes de défense contre les dangers anciens font retour dans la cure sous forme de résistances à la guérison ».
Dans le prolongement de sa réflexion, Freud élargit progressivement la compréhension des résistances, notamment à partir de sa seconde topique. Dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926), il propose une distinction en cinq formes principales de résistance, selon leur origine dans les différentes instances psychiques. Trois d’entre elles relèvent du Moi. La première est la résistance de refoulement, celle qu’il avait décrite dans ses Etudes sur l’hystérie.
La seconde est la résistance liée au transfert à l’analyste, l’analysant tend à agir ou à répéter ses désirs dans le lien thérapeutique plutôt qu’à les élaborer psychiquement.
Une troisième forme est liée aux bénéfices secondaires de la névrose, le Moi peut s’accrocher aux satisfactions, parfois inconscientes, que procurent les symptômes même si ils sont douloureux et inconfortables.
Une quatrième résistance est attribuée au Ça. Elle est liée à la compulsion de répétition, c’est-à-dire à la tendance du psychisme à reproduire des schémas anciens. Freud évoque ici la “viscosité de la libido”, qui traduit la difficulté à se détacher d’investissements affectifs anciens pour en investir de nouveaux.
Cette forme de résistance rend nécessaire ce que la psychanalyse appelle la perlaboration : un travail répété d’interprétation, car les mêmes résistances tendent à réapparaître, même lorsque le patient en a déjà pris conscience.
Enfin, une cinquième résistance relève du Surmoi. Elle est liée au sentiment de culpabilité et peut s’exprimer sous la forme d’un besoin inconscient de punition, de conduites d’échecs et d’auto-sabotages, échouer à un examen à la dernière minute, tomber malade avant un entretien ou tout autre mode de victimisation dans la relation amoureuse. Tout cela vient s’opposer au processus de guérison.
Ces différentes formes de résistance se retrouvent, à des degrés divers, chez tout patient et dans toute forme de thérapie, y compris dans une pratique de psychanalyste Paris 9.
Les manifestations cliniques des résistances et leur interprétation
Voyons comment les résistances peuvent se manifester et ce qu’elles viennent dire :
Les résistances dans le discours de l’analysant
Dans le travail analytique, les résistances peuvent se manifester directement dans la manière dont l’analysant parle. Le discours tend alors à se déplacer vers une forme d’intellectualisation : il s’agit de parler de ce que d’autres ont dit, de commenter des situations de l’extérieur, ou encore de raconter des événements sans s’y impliquer subjectivement.
Peu à peu, la parole peut rester en surface : elle décrit le quotidien, les faits, la chronologie des événements, mais évite d’entrer dans l’expérience vécue. Le “parler sur” prend alors le pas sur le “parler de soi”. Le patient peut tourner autour des situations sans vraiment les traverser de l’intérieur et sans à aucun moment ressentir les affects liés à la situation. Quand l’analyste lui fait remarquer, l’analysant ne réagit pas toujours, comme s’il n’entendait pas et remet en scène le même discours. La forme prenant alors le pas sur le fond, les ressentis ne sont pas du tout symbolisés ni élaborés.
La communication devient très superficielle, centrée sur des sujets banals ou sociaux, où le patient “bavarde” sans véritable engagement subjectif. Le récit reste alors extérieur à lui-même, fondé sur des événements, des généralités ou des formulations stéréotypées, sans implication personnelle profonde.
Certains vont tenter de poser des questions à l’analyste, son métier, ses études, pourquoi le choix de cette profession….Pendant que le discours est centré sur la personne de l’analyste, il ne l’est pas sur le sujet lui-même.
À côté de ces formes de discours, les résistances peuvent aussi apparaître là où la parole se suspend, se vide ou se déplace, comme si quelque chose empêchait son déroulement naturel.
Ce n’est pas seulement ce qui est dit qui compte mais aussi ce qui n’est pas dit.
Silences, oublis et intellectualisation pendant les séances
Dans certains cas, le discours semble même se vider de contenu. Le patient peut dire qu’il “n’a rien à dire”, qu’il “ne pense à rien”, laissant apparaître un sentiment de vide, d’ennui ou de silence intérieur. Cette absence apparente de pensée peut constituer elle-même une modalité de résistance.
On observe également des formes d’appauvrissement affectif du discours : celui-ci devient plat, monotone, désaffectivé, ou au contraire marqué par des affects peu authentiques, comme une “bonne humeur” de façade ou des affirmations globales du type “tout va bien” ou “ça va beaucoup mieux”, qui semblent peu en lien avec l’expérience émotionnelle réelle.
Enfin, certaines thématiques sont fréquemment évitées, notamment celles liées à la sexualité, à l’argent, à la honte ou à la culpabilité, ainsi que les éléments impliquant la relation transférentielle. Ces zones sensibles du discours tendent à être contournées, révélant ainsi la présence de résistances spécifiques au sein même de la parole.
La résistance peut également se manifester dans la relation à l’analyste. L’analysant peut alors éviter le regard, contourner toute référence directe à la personne de l’analyste ou encore idéaliser le travail thérapeutique. Ces attitudes témoignent d’une difficulté à s’engager pleinement dans le transfert, comme si la relation elle-même devenait le lieu d’un enjeu psychique trop sensible à élaborer, voire menaçante psychiquement.
Une autre modalité de résistance peut se manifester sous la forme de passages à l’acte dans le cadre même du dispositif analytique avec ce qu’il comporte de règles liées au cadre. Il s’agit de comportements qui prennent la place de la parole et viennent perturber le cadre du travail thérapeutique.
On peut notamment observer des oublis répétés de séances, des retards fréquents, des changements de rendez-vous de dernière minute, ou encore des difficultés récurrentes à régler les honoraires.
Ces manifestations ne sont pas de simples incidents pratiques : elles peuvent être comprises comme des acting out, c’est-à-dire des mises en acte qui expriment, de manière indirecte, quelque chose qui ne parvient pas à se dire dans la parole. Elles traduisent ainsi une forme de résistance au cadre analytique et au travail de symbolisation qu’il suppose.
Puis, existe également une façon de rester l’enfant sage ou le bon élève qui consiste à tout noter, bien écrire ses rêves, régler les séances parfois en double. Il peut évoquer volontiers son transfert, ses projections ou ses motifs inconscients. Pourtant, cette apparente implication peut parfois rester en surface. Le discours prend alors une tonalité plus démonstrative que véritablement élaborative, comme s’il s’agissait davantage de montrer une bonne compréhension du processus que de s’y impliquer réellement. Dans ces cas, ce fonctionnement peut être compris comme une forme subtile de résistance, où la mise en avant du matériel analytique sert aussi à éviter une implication affective plus authentique dans le travail thérapeutique et amplifier ainsi le transfert.
Comment interpréter les résistances et à quel moment?
Chaque résistance renvoie à une ou plusieurs formes de mécanisme de défense. Entre le refoulement et les pulsions agressives masquées par un comportement de soumission ce qui se manifeste dans la cure n’est jamais un simple obstacle isolé, mais l’expression d’un équilibre défensif propre à l’organisation psychique de l’analysant.
Ainsi, ce qui apparaît en séance sous forme de résistance doit être compris en lien avec les conflits internes qu’elle tente de maintenir à distance. L’interprétation consiste alors à mettre en évidence ces liens, sans les forcer, en permettant progressivement au patient d’identifier ce qui, en lui, s’oppose au travail de mise en conscience.
Dans cette perspective, la résistance n’est pas seulement un point de blocage, mais aussi un point d’accès : elle indique précisément là où le conflit psychique est le plus actif, et donc là où le travail analytique peut s’engager de manière plus fine.
L’analyse des résistances ne se limite pas au bon déroulement de la cure. Elle ouvre aussi un accès privilégié au fonctionnement psychique du patient, en éclairant la manière dont le Moi se structure, entre en relation avec les objets, et mobilise certains mécanismes de défense.
L’apport des psychanalystes et de la psychanalyse dans la compréhension des résistances
Les travaux de Anna Freud ont permis d’approfondir la notion de défense en montrant que les résistances constituent une source essentielle d’information sur le fonctionnement du Moi et sur les mécanismes qu’il mobilise pour se protéger, notamment dans Le Moi et les mécanismes de défense (1936). Dans la continuité de cette réflexion, le courant kleinien a mis en évidence des formes de défenses plus archaïques, liées aux angoisses primitives, telles que le clivage, les processus de repli ou encore l’identification projective.
Des auteurs comme Donald Winnicott ont ensuite montré que ces mécanismes pouvaient toucher jusqu’à la structure du self, distinguant notamment le “faux self”, qui fonctionne comme une organisation défensive globale, du “vrai self”, plus authentique mais protégé.
Les psychanalystes distinguent classiquement plusieurs modalités d’intervention…
Les psychanalystes distinguent classiquement plusieurs modalités d’intervention dans le travail d’analyse des résistances, notamment dans une pratique de psychanalyste Paris et de psychanalyste Paris 9.
La première est la confrontation.
Vient ensuite l’éclaircissement.
L’interprétation.
Enfin, la perlaboration.
Conclusion
Les résistances en psychanalyse ne sont pas des obstacles à éliminer ni des “blocages” à dépasser rapidement. Elles font partie intégrante du travail thérapeutique.
Croire que la thérapie est terminée parce qu’on va mieux ou qu’on plus rien à dire est souvent une forme subtile de résistance.
Quelques lectures:
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir la question des résistances en psychanalyse, plusieurs textes de référence permettent de mieux comprendre leur place dans le travail analytique et leur évolution dans la théorie.
On peut notamment se référer aux travaux de Sigmund Freud, en particulier Inhibition, symptôme et angoisse (1926) ou encore Analyse terminable et interminable.
Les écrits d’Anna Freud, notamment Le Moi et les mécanismes de défense (1936), permettent également d’approfondir la compréhension des mécanismes défensifs du Moi.
Enfin, les travaux de Donald Winnicott ou de Melanie Klein offrent des éclairages complémentaires.
Résistances J.F. Chiantaretto, G. Gaillard – broché (In Press Eds)
Résistances et transferts enjeux cliniques et crise du politique Patrick Chemla – broché (Eres)
Patrick Delaroche: La peur de guérir: les résistances à la psychanalyse
Le Moi et les mécanismes de défense Anna Freud
Les mécanismes de défense – Théorie et Clinique Dunod
Trois mécanismes de défense S.Freud
Vidéo Mr Serafino Malaguarnera: une présentation du concept de résistance dans la pensée de Freud.