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Introduction : continuité et innovation

Depuis Freud, la psychanalyse s’est constamment enrichie et diversifiée, répondant à des questions cliniques nouvelles tout en respectant ses fondements théoriques. La psychanalyse active, développée dans les années 1980 par Jean‑Marie Cugnot, illustre cette dynamique. Elle conserve les principes fondamentaux de la psychanalyse, mais propose des ajustements techniques et relationnels visant à rendre le travail analytique plus participatif et à mobiliser directement le vécu émotionnel du sujet. Cette approche cherche à relancer le processus de perlaboration et d’élaboration symbolique lorsque celui-ci peut être entravé dans un cadre traditionnel.

Fondements théoriques communs

La psychanalyse active repose sur les mêmes bases que la psychanalyse traditionnelle : l’inconscient est reconnu comme structurant la vie psychique, les conflits intrapsychiques sont centraux, et les mécanismes de défense, les résistances ainsi que le transfert jouent un rôle moteur dans le processus analytique. La perlaboration, qui permet de passer de la compréhension intellectuelle à l’expérience vécue et intégrée des affects refoulés, reste au cœur de la démarche. Le symptôme n’est jamais considéré comme un dysfonctionnement isolé, mais comme une formation de compromis porteuse de sens, qu’il s’agit de comprendre et d’intégrer.

La psychanalyse active s’inscrit également dans une filiation élargie, intégrant les apports de Ferenczi sur l’élasticité technique et le « sentir avec », ainsi que certaines perspectives junguiennes autour du processus d’individuation, entendu comme le chemin vers une unité psychique autonome et complète.

Neutralité et posture de l’analyste

Dans la psychanalyse traditionnelle, l’analyste adopte une neutralité stricte et une abstinence marquée. Le silence et la retenue offrent au sujet un espace psychique dans lequel le transfert peut se déployer spontanément et permettre la rencontre avec ses propres contenus inconscients. Cette posture favorise l’auto-élucidation, mais peut parfois apparaître distante ou inhibante, notamment pour les sujets dont le vécu émotionnel est clivé ou intellectualisé.

La psychanalyse active propose une neutralité chaleureuse, où l’analyste reste tiers analytique mais manifeste une présence empathique et contenante. Cette posture facilite l’expression des affects latents et le revécu émotionnel, tout en respectant l’autonomie du sujet et en évitant toute suggestion ou directivité intrusive.

Techniques et activation psychique

La psychanalyse traditionnelle repose principalement sur la libre association et l’interprétation progressive. Le sujet exprime ses pensées, et l’analyste guide le processus de compréhension et d’élaboration symbolique. La temporalité reste ouverte, permettant à l’inconscient de se déployer à son rythme.

La psychanalyse active introduit des séquences d’activation psychique, en particulier la rétro-activation. Cette méthode consiste à revisiter consciemment des affects anciens demeurés latents, favorisant le revécu émotionnel et la symbolisation directe. Les séquences de rétro-activation permettent d’identifier les schémas répétitifs et les blocages, et préparent le sujet au passage à l’action. Le revécu émotionnel devient ainsi moteur de l’élaboration psychique, complétant l’approche traditionnelle par une dimension participative et active.

Alliance analytique et autonomie du sujet

La relation analytique constitue un autre point de divergence. Dans le cadre traditionnel, l’asymétrie du savoir est préservée, et l’autonomie du sujet se construit à travers le transfert et le processus d’interprétation. La psychanalyse active introduit le concept d’alliance analytique, dans laquelle le savoir de l’analyste est transmis pour permettre au sujet de développer son autonomie psychique. Le sujet apprend à reconnaître ses mécanismes de défense, à comprendre ses répétitions et à agir selon ses désirs tout en respectant l’asymétrie analytique nécessaire. Cette démarche évite la dépendance prolongée au savoir ou à la présence de l’analyste.

Préparation au passage à l’action

La psychanalyse active accorde une place spécifique à la préparation au passage à l’action, strictement psychanalytique. Il ne s’agit pas d’une injonction comportementale, mais d’une conséquence de la perlaboration : lorsque les affects ont été vécus, symbolisés et intégrés, le sujet peut agir de manière cohérente avec ses désirs et sa personnalité profonde, libéré des faux-self et des identifications défensives. Cette étape permet une transformation concrète des modes de fonctionnement relationnels, affectifs et sociaux.

Dans la psychanalyse traditionnelle, le passage à l’action n’est pas un objectif explicite. Il se produit indirectement, à travers l’intégration symbolique et la perlaboration progressive, laissant le rythme et les manifestations comportementales au rythme naturel du sujet.

Temporalité et durée de la cure

La psychanalyse traditionnelle privilégie une temporalité ouverte et non finalisée, respectant la dynamique propre de l’inconscient. La psychanalyse active, en revanche, tend à réduire la durée globale de la cure, non par objectif mais comme effet du processus : l’activation émotionnelle, le revécu conscient et la transmission d’outils psychiques favorisent l’autonomisation rapide du sujet et l’accélération de la prise de conscience et de l’intégration symbolique.

Conclusion : continuité et adaptation contemporaine

La psychanalyse active ne constitue pas une rupture avec la psychanalyse traditionnelle, mais une variation technique et clinique. Elle conserve tous les fondements théoriques et conceptuels de la psychanalyse, tout en ajustant la posture de l’analyste, le cadre relationnel et les techniques mobilisées pour répondre aux besoins de sujets dont le processus analytique pourrait stagner dans un cadre strictement classique. Elle interroge ainsi la question centrale de la psychanalyse contemporaine : comment rester fidèle aux principes de l’inconscient et à la rigueur analytique tout en adaptant la pratique aux exigences actuelles de la souffrance psychique, en intégrant activation émotionnelle, participation du sujet et construction d’une autonomie durable.

Virginie Ferrara

Psychothérapeute à Paris, je vous reçois à mon cabinet rue Vignon, Paris 9ème, sur rendez-vous au 01 53 20 09 31