Psychanalyste et psychothérapeute à Paris 9ème

L’angoisse des vacances

Je n’aime pas les vacances

Vidéo rubrique Psycho émission Télématin « Au secours les vacances arrivent !« 

L’été est là, les journées ont bien rallongées et l’heure des vacances a sonné. Que l’on soit en famille ou seul(e), le moment de commencer à songer aux vacances s’impose pour certains.

Organisation des colos, des séjours en famille ou ailleurs, ce temps des congés est loin d’être une partie de plaisir pour certaines personnes. Que l’on réussisse ou pas à décrocher du travail, cette rupture souvent indispensable s’avère être un calvaire pour bon nombre d’entre nous.

Pour quelles raisons ce moment de rupture d’un rythme effréné tout au long de l’année peut devenir très anxiogène?

Affirmer que l’on n’aime pas les vacances c’est souvent prendre le risque d’être regardé étrangement dans une société où il est de bon ton via les réseaux sociaux notamment, d’exposer les endroits visités…..puis évoquer à ceux qui les attendent impatiemment toute l’année tels des enfants à qui on a promis une surprise, qu’on les appréhende, c’est prendre le risque d’être regardé bizarrement….

Les vacances sont dans notre société une institution importante et les remettre en cause n’est pas toujours bien perçu. Le chercheur Daniel Moati rappelle ainsi que, « dès 1231, le pape Grégoire II accordait des vacances pour les travaux agricoles ». Le phénomène prend de l’ampleur au XIXe siècle avec la généralisation de l’école.

Les paysans avaient besoin de leurs enfants pour moissonner en août et vendanger en septembre et comme le précise Daniel Moati : « Ces vacances, qui ne devaient pas excéder un mois, portaient le nom bien significatif de « vendanges ». En réalité, chaque établissement, chaque école appliquait divers systèmes de vacances. L’ensemble des jours de congés scolaires indiscutablement ancré dans la vie religieuse suivait le calendrier des fêtes religieuses chrétiennes. Ces vacances avoisinaient 80 jours annuels. La Révolution et l’Empire édictèrent une réglementation unifiant les congés scolaires sur l’ensemble du territoire français.

Au cours du XIXe siècle, les congés scolaires vont peu à peu grignoter le temps de présence à l’école. Ainsi, en 1800, les seules vacances accordées commençaient le 5 août, pour se terminer le 20 septembre. Ces vacances correspondaient à l’aide que les enfants devaient apporter lors des vendanges et de la moisson. Il faudra attendre 1860 pour que Napoléon III accorde 5 jours de vacances supplémentaires pour les fêtes de Pâques.

La IIIe République uniformise les congés scolaires des premier et second degrés (écoles, collèges et lycées) par un arrêté en date du 11 février 1939.

Ces 10 semaines de congés accordées en été exauçaient les vœux des populations paysannes. En 1950, 49% de la population française exerçait encore une profession rurale. La moisson et les vendanges s’étalaient d’août à la fin septembre et exigeaient la présence de nombreux bras, dont ceux des adolescents scolarisés.

Cependant, l’instauration des congés payés, la grande victoire du mouvement ouvrier de 1936, bouleverse complètement la belle ordonnance du calendrier scolaire».

Et même si pour beaucoup les vacances gardent un parfum de nostalgie de fin de classe, elles ont été longtemps un luxe réservé à des privilégiés. Avouer alors qu’on ne les aime pas est difficile à assumer au regard de la société car aujourd’hui la plupart des gens en bénéficie. Si certains ne peuvent partir, elles symbolisent avant tout l’arrêt du travail, d’ailleurs le Larousse les définit ainsi : « Période d’arrêt légal dans les écoles, les universités, fixées selon un calendrier », « période légale d’arrêt de travail des salariés, pendant laquelle de nombreuses personnes se déplacent ».

Les remettre en cause peut être insupportable car dans une société où le chômage sévit, ce serait une façon de ne pas reconnaître que l’on a de la chance d’avoir un travail.

Alors pourquoi a t-on le stress des vacances?

Pour différentes raisons. Car elles renvoient très souvent à des souvenirs d’enfance liés à la séparation d’avec les parents. Vacances pas toujours bien préparées ou anticipées, ce temps de rupture peut devenir très inquiétant. Si les enfants ont été envoyés en colonie, l’adaptation à des enfants inconnus peut vite devenir un cauchemar…. et si les parents sont divorcés, devoir se retrouver éloigné d’eux peut générer une anxiété de séparation importante.

Mais il arrive aussi que les vacances riment avec ennui et comme le dit la chanson, les enfants ne s’ennuient pas seulement le dimanche… devoir passer ses vacances chez des grands-parents très peu fréquentés dans l’année et ne sachant pas comment les occuper, les journées peuvent être très longues…

Certains parents ne prévoient rien pour leurs enfants et ne sachant que faire, ils « traînent » leurs enfants derrière eux comme eux-mêmes ont pu l’être avec leurs parents. Le manque d’argent peut être une des causes mais parfois peut aussi servir d’alibi sauf en cas de grande précarité. Trouver du plaisir à être ensemble, à inventer des choses à faire, à se balader en découvrant la nature ne coûte rien. D’ailleurs bon nombre d’enfants de familles aisées peuvent témoigner de l’ennui de leurs vacances, car on ne parle pas là de quantité mais de qualité.

Le souvenir donc de ces moments de vide ne s’efface jamais réellement…

Quelles sont les autres raisons ?

Elles peuvent être angoissantes car elles impliquent la notion d’obligation de réjouissance, de repos et donc de réussite. Se reposer quand on se retrouve à devoir organiser et gérer une dizaine de repas par jour dans la maison familiale est loin d’être de tout repos. On retrouve ce sentiment du même ordre au moment des fêtes de Noël. Mais cela suppose aussi parfois de retrouver le clan ainsi que la place que l’on occupait dans la fratrie et en fonction de celle-ci, parfois, des comportements régressifs peuvent apparaître comme jouer la bonne cuisinière, s’occuper de la maisonnée et prendre en charge une partie des contraintes ménagères. Et même si ce rôle n’est pas toujours occupé que par la « célibataire » de la famille, il n’en reste pas moins que devoir se retrouver dans ce contexte peut être très étouffant.

Mais une des raisons principales réside dans ce moment de vide lié à l’arrêt de la plupart des activités et collectivités. Ce vide est d’ailleurs double car il est à la fois en dehors et en soi. Pour peu, qu’une situation douloureuse l’amplifie, tel un divorce, un célibat et, l’organisation des congés devient une source de souffrance et d’appréhension. Où aller et avec qui ? alors, certains se résignent à ne pas partir.

La vie sociale tourne au ralenti, les magasins sont fermés pour la plupart, les amis partis en famille ou en couple. Le rythme du quotidien avec ses repères, habitudes et ses bruits peut avoir quelque chose de sécurisant car un mouvement est là perpétuellement en action.

Le vide est aussi en soi car on perd ses horaires habituels, ses obligations, ses loisirs tout ce qui finalement renvoie au sentiment d’identité sociale. On quitte pendant ce temps de pauses ses barrières de sécurité et il est vrai que pour beaucoup, cela fait vaciller ses propres protections intérieures, celles qui sont là tout au long de l’année pour finalement nous rappeler que l’on n’est pas seul.

Pourquoi est-ce si difficile de vivre sans repères pendant les vacances ?

Pour réussir à quitter sans trop de peurs son environnement familier il faut :

  • être sûr de le retrouver
  • faire la différence entre le monde extérieur et soi
  • avoir un sentiment de confiance intérieure qui permet d’être sûr que l’on reste soi même si l’environnement extérieur change totalement
  • Pour différentes raisons, ce sentiment de sécurité peut manquer car il se construit dans les tous premiers mois de la vie dans la présence rassurante des parents. Mettre des mots sur ce que l’enfant vit d’agréable ou de désagréable, sur ses sensations, personnes, lieux ou objets. Le rassurer aussi sur tout changement qui survient, maison de vacances, endroit où il va partir seul en colonie ou en famille.

Pour se sentir en sécurité, l’enfant a besoin d’avoir une totale confiance en ses parents en sachant qu’ils ne lui mentiront jamais. Lui expliquer les moments de séparation mais aussi les moments de retrouvailles est essentiel.

Et si les parents ont eux-mêmes ressentis des angoisses lors de séparation avec leurs propres parents, ils peuvent ne jamais avoir régler ce conflit et le projeter parfois inconsciemment sur leurs propres enfants en ne les laissant jamais réellement s’éloigner et en culpabilisant de le faire.

Si l’on n’a pas eu tout cela, une mémoire reste présente et il deviendra alors toujours difficile de devoir s’éloigner de ses sécurités, de sa maison, de ses repères.

Et puis, une autre raison fait que l’angoisse peut avoir été transmise de la part des parents eux-mêmes pour lesquels les vacances ont pu être pénibles ou douloureuses ; mais aussi sur les générations antérieures qui elles, avant 1936, n’avaient pas le droit aux congés payés mais parmi lesquelles il y a eu beaucoup de mouvements migratoires et donc d’exil et de déracinement.

Quitter sa terre, fuir parce que l’on risque d’être fusillé, torturé, parce que la famine sévit est toujours un évènement traumatique et c’est la charge émotionnelle des raisons de ce trauma qui peut être transmise à la descendance. Tout mouvement, départ même en vacances sera alors vécu comme inquiétant.

Pour aller plus loin…

Voici un article intéressant publié par le Journal du CNRS : A quoi servent les vacances?

Vidéo humoristique « Un gars une fille » pas très éloigné de la réalité parfois…