Psychanalyste et psychothérapeute à Paris 9ème

La boulimie : définition et traitements

Virginie Ferrara spécialiste de la boulimie à ParisAborder le sujet de la boulimie ou plus précisément des troubles du comportement alimentaire c’est rendre compte des différentes conduites boulimiques (boulimie avec ou sans vomissement, hyperphagie) ainsi que de la variété des profils psychologiques qui s’y réfèrent. Les compulsions alimentaires appartiennent au champ des addictions de par leurs manifestations cliniques et leurs mécanismes.
Alors, de quelle dépendance parle t- on ? du rapport à l’objet ingéré (nourriture), de la réactivation d’un état de tension à chaque fois ressenti et rapidement apaisé par l’engloutissement des aliments ?
Vide abyssal qu’il s’agit de remplir, insatisfaction et contrôle du poids permanent, quête d’une minceur idéale, l’addiction à la nourriture ainsi que les pulsions qu’elle induit sont avant tout des symptômes.
La boulimie exerce une contrainte irrépressible sur le sujet en quête d’une satisfaction impossible à trouver, elle est une pathologie de l’excès et souvent du lien à la mère, du pulsionnel qui envahit la sphère psychique.
La pulsion orale, renvoyant au stade oral (mère-enfant) et se manifestant par l’ingestion de grandes quantités de nourriture, renvoie bien souvent, pour la plupart des boulimiques à une carence affective qu’elles tentent si ce n’est de combler, de ne plus ressentir en anesthésiant leurs émotions… Ce vide est souvent la manifestation d’une mère envahissante de par son absence affective et son manque de contenant. Elle sera alors engloutie à travers « l’objet alimentaire » n’ayant pas été nourries d’un discours structurant leur identité et permettant un étayage puis, rejetée dans l’acte de vomir.

Manger sans « faim » telle est la douleur à laquelle les boulimiques sont « agies » et contraintes malgré elles. Recherche répétitive et vaine « d’un objet » impossible à combler.
Au-delà du caractère répétitif du symptôme et des ses investissements, l’apport de la psychanalyse a mis en évidence que le symptôme cache autant qu’il montre et qu’il occupe une fonction dans la dynamique psychique et de l’équilibre de la personnalité.

Le stade oral ou la fusion avec la mère

Depuis Freud, on distingue le plaisir orificiel, la succion, l’ingestion qui met en rapport le dehors et le dedans puis la réplétion et la satiété comme sensation venant de l’intérieur du corps. C’est aussi le rapport au sein et au corps de la mère qui marque la forme première de dépendance. Cette première interaction est appelée « relation primaire », relation, qui, si elle s’établit correctement a pour fonction de rassurer le nourrisson.

L’image du corps du bébé se construit peu à peu, il n’a pas d’emblée une conscience unifiée de celui-ci car pendant les premiers mois, il est en fusion avec sa mère, il ne fait qu’un avec son environnement et ne se perçoit pas comme différencié.

Il perçoit ses sensations internes passant d’un état de tension à un état d’apaisement. Quand il a faim, il crie. Sa mère vient le nourrir. C’est le manque (de nourriture d’abord) qui lui fait comprendre qu’il n’a pas de contrôle sur elle ni sur son environnement. Il entre en communication avec elle pour lui signifier qu’il a besoin de manger. Cela passe d’abord par les cris, les pleurs puis le langage.
C’est à partir de ce processus, qu’il s’autonomise. C’est en se différenciant d’elle, qu’il intègre qu’il est dépendant car il a besoin d’elle pour être alimenté et donc survivre. C’est grâce à cette fonction du sein rassurant qui apaise l’état de tension et donc de manque, joint à l’odeur familière de sa mère, à ses caresses et paroles tendres prononcées, que le nourrisson incorpore en lui toutes ces bonnes choses qu’il « boit ». Au-delà du plaisir de la satiété, existe celui de la zone bucco-labiale, lié à la succion.

Grâce à ce lien, il comprend qu’il peut compter sur elle pour combler ses besoins vitaux. Winnicott, célèbre pédiatre et psychanalyste a amené un éclairage considérable sue le processus de maturation dans la relation mère-enfant. C’est ce processus qui permet la structuration psychique, sa capacité d’autonomie et sa construction dans la relation à l’autre différencié de lui.
En grandissant, la dépendance devient moins radicale et il aura alors de moins en moins besoin d’elle car celle-ci lui aura permis d’intégrer une bonne image de lui et une capacité à pouvoir répondre à ses besoins et désirs.
On retrouve cette expression empruntée à Winnicott, la mère « suffisamment bonne ». C’est en partie grâce à cela, que le petit va acquérir sa capacité d’autonomie et va pouvoir apprendre à gérer la frustration, une mère pas trop longtemps absente, ni trop possessive ou envahissante. Ce passage va pouvoir s’effectuer progressivement de façon à ce que le bébé ne ressente pas des angoisses insupportables dues à la perte du holding (portage) et d’associer son sentiment de colère à son absence afin de maintenir en lui une représentation d’elle.

La mère trop bonne sera celle qui anticipe et comble les besoins de son enfant avant qu’il ne puisse ressentir le manque. Il ne peut alors se différencier d’elle, prendre conscience de ses propres besoins.
La substitution des besoins de celle-ci peut contraindre l’enfant à devoir y répondre et s’y soumettre. Nous verrons alors des adultes laissant passer systématiquement le désir des autres avant le leur.
Parmi les mères « insuffisamment bonnes », on trouve les mères dépressives trop enfermées dans leur souffrance et incapables de répondre aux besoins de leur enfant. Ce sont souvent des enfants qui deviennent le parent de leur propre parent et dont la relation va se construire autour de ce rôle, exister à travers le soin porté au parent malade.

Aussi, cette relation primaire servira de socle et de référence à la construction de toute autre relation. Pouvoir grandir, s’autonomiser, avoir confiance et soi et s’estimer permet en tant qu’adulte de faire des choix afin d’aller vers la construction de sa propre matrice adulte. Et c’est à partir de ce sentiment de sécurité interne que la prise d’indépendance va se construire.

Les TCA : un conflit dans les relations primaires

Selon l’éclairage psychanalytique, les TCA sont des pathologies de la dépendance à l’autre, les conflits psychiques intervenant au moment du développement et de la prise de différenciation à la mère.
Evidemment, il ne s’agit pas de faire porter la responsabilité aux parents car c’est aussi la conjonction de plusieurs éléments sur parfois un terrain familial fragile, que le symptôme va se développer.

Dans la relation à la mère

On peut parfois retrouver des mères qui elle-même à l’adolescence ont développé une addiction, pas toujours en lien avec la nourriture d’ailleurs, alcool, drogue, achats, les réseaux sociaux aujourd’hui contribuant pour une large partie à développer d’autres formes d’addictions chez les ados.

Souvent ces mères, suite à un post-partum n’ont réussi à entrer en contact avec leur enfant et de fait, contribuant à amener une carence dans l’échange.

L’enfant a pu avoir des difficultés à développer une conscience de lui, de ses sensations internes et donc de ses besoins. Ce que l’on rencontre chez la plupart des boulimiques, c’est cette impossibilité à entrer en contact avec leurs sensations physiques, bien souvent, elles ne peuvent faire confiance à leur corps, vécu avant tout comme un ennemi, un objet de rejet et de dégout.
L’engloutissement des aliments met en lumière la propension à nier ce corps en le gavant et en tentant de l’anesthésier malgré toutes les manifestations physiques désagréables. Le cycle infernal alors de la culpabilité et de la honte se met en route.

La lutte des boulimiques entre échapper à la dépendance et s’y contraindre exprime à ce point culminant l’impossibilité d’une autonomie progressivement construite dans la relation primaire.
Ce défaut d’autonomie peut aussi trouver racine dans l’absence psychique du père dans son rôle de tiers séparateur.
Parfois, parc qu’il est absent physiquement ou parce qu’il n’a pu ou voulu inconsciemment prendre sa place dans la relation à son enfant évitant ainsi de créer un conflit. Il ne peut alors être le symbole de l’autorité et incarner la complémentaire dans la relation à sa compagne.

On constate bien souvent parmi notamment les adolescentes souffrant de TCA un lien très fort à la mère fait de rejet et d’identification. Mais on peut aussi rencontrer au moment de l’adolescence, des mères qui vont se sentir remises en cause dans leur féminité, une rivalité va alors s’installer dans la relation à leur fille. Rivalité qui peut se figer dans un conflit ingérable où le père n’a plus aucune autorité pris dans cette dyade mère-enfant.

Souvent la pathologie alimentaire apparaît à l’adolescence. Cette étape fragile dans la construction de l’identité et de la prise d’autonomie vient réactiver sûrement une faille dans la relation primaire, là où probablement, la prise d’indépendance a pu être conflictuelle.

Cette période difficile parfois conjointe à d’autres difficultés scolaires, familiales ou amoureuses va fragiliser l’adolescente et ainsi créer le symptôme. Dénarcissisées, en quête d’une minceur idéale, nourries de la dictature du corps parfait, celles-ci vont entrer en guerre avec leur image et donc leur poids.

Le conflit se situe avant tout ailleurs, il est inconscient. Tiraillées entre le besoin d’autonomie et l’impossibilité d’y aller, le rapport à la nourriture prend lieu de dépendance. La difficulté à se désidentifier de la relation primaire est remplacé par la dépendance à la nourriture. Une dépendance en remplace alors une autre.
Le conflit psychique se déplace sur le corps, il porte le symptôme.

Pierre Jeammet, célèbre pédopsychiatre, spécialiste de l’enfance et de l’adolescence et des TCA, explique que les TCA sont une tentative de sortie de la dépendance à l’autre en la remplaçant par celle de la nourriture.

Les jeunes femmes prises dans cette tyrannique lutte ne peuvent ni supporter cette dépendance ni s’en dégager. Elles vont alors trouver un compromis en remplaçant le besoin de l’autre par un objet qu’elles incorporent et parfois rejettent en le vomissant exerçant ainsi un contrôle sur le poids et cet objet.

Pour aller plus loin, je vous renvoie sur le site www.boulimie.fr du Dr P.Jeammet . Très riche, vous y trouverez une foule d’informations, de lectures, de vidéos, d’adresses, de groupes de parole et de différentes thérapies. Des structures de soins spécialisés sont aussi proposées, ils peuvent être parfois nécessaires.

Lectures

  • La boulimie Réalités et perspectives Philippe Jeammet (Auteur) Martine Flament (Auteur) Paru en décembre 1999
  • Comprendre et soigner la boulimie Colette Combe (Auteur) Paru en mai 2014 Etude (broché)
  • Soigner l’anorexie et la boulimie : des psychanalystes à l’hôpital (dir.), Paris, Presses universitaires de France, 2006.
  • La boulimie : comprendre et traiter, Paris, Masson, 2002

Vidéos

Virginie Ferrara

Psychologue à Paris

Spécialiste du traitement de la boulimie à Paris

Premier entretien gratuit

Sur rendez-vous au 01 53 20 09 31

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