Psychanalyste et psychothérapeute à Paris 9ème

La psychanalyse transgénérationnelle

La psychanalyse transgénérationnelle, quand la mémoire familiale nous hante…

La psychogénéalogie ou psychanalyse transgénérationnelle est une approche thérapeutique qui permet de comprendre la place que nous occupons dans notre roman familial, les blessures, échecs et répétitions d’évènements que nous vivons et qui peuvent trouver leurs origines dans nos racines familiales. Elle permet donc d’avoir accès à des informations généalogiques à partir de dates, d’évènements, de lieux de vie. Les souffrances, les non-dits chargés de culpabilité et de honte que certains de nos aïeux ont ressenti suite à des évènements, peuvent avoir un impact particulièrement important sur les générations suivantes. Interroger cette mémoire familiale c’est comprendre nos conflits psychiques, nos peurs, nos rapports aux autres, au travail, à l’argent, à la situation sociale et aux échecs en tout genre, divorce, maladie, accident, fausse couche, avortement, enfant adultérin, emprisonnement, exil etc.
Partir à la rencontre de nos ancêtres, c’est aussi sortir des loyautés et fidélités à leurs souffrances, c’est permettre à nos morts et parfois à leur fantôme qui nous hante de façon inconsciente, de leur donner la possibilité de pouvoir reposer en paix et nous, de nous autoriser enfin à vivre et de trouver notre vraie place au sein de notre famille en renonçant ainsi à vivre dans le secret.

Nicolas Abraham et Maria Török

C’est à Nicolas Abraham et Maria Török, deux psychanalystes hongrois, que l’on doit des notions-clés de la psychothérapie contemporaine :

  • Le secret de famille, transmis d’une génération à l’autre ( théorie du fantôme)
  • L’impossibilité du deuil, par suite d’irruptions d’éléments liés à la honte (maladie du deuil)
  • L’identification à un autre ( incorporation )
  • L’enterrement d’un vécu inavouable (la crypte)

Ils vont d’ailleurs publier en 1978 un ouvrage, l’Écorce et le Noyau, N. Abraham va aborder deux éléments capitaux dans le développement de la psychanalyse transgénérationnelle, les notions de « crypte » et de « fantôme ».
La crypte au sein du moi ou l’enterrement d’un vécu honteux indicible : « Lorsqu’il est impossible de reconnaître son chagrin, le trauma et tous les affects qu’il a provoqué se trouvent mis à l’abri dans un caveau. La crypte résulte d’un secret honteux partagé » avec l’objet d’amour perdu.
Le fantôme transgénérationnel, ou « travail du fantôme dans l’inconscient », désigne les effets des secrets de famille à travers les générations. Le fantôme : L’outil nécessaire pour notre travail nous a été fourni par Nicolas Abraham avec le nouveau concept psychanalytique de « travail du Fantôme dans l’inconscient ». Il l’a défini comme le travail, dans l’inconscient d’un sujet, du secret inavouable (bâtardise, inceste, criminalité…) d’un autre (ascendant, mais aussi objet d’amour, voire patient ou thérapeute » dit Claude Nachin, psychiatre et psychanalyste. Cet auteur étend la définition « au travail induit dans l’inconscient d’un sujet par sa relation avec un parent ou un objet d’amour important porteur d’un deuil non fait, ou d’un autre traumatisme non surmonté, même en l’absence d’un secret inavouable. » Les manifestations cliniques fantomatiques découlent du « travail psychique incessant et désespéré de l’enfant pour combler la lacune ». Du point de vue métapsychologique, le fantôme correspond au travail psychique de l’enfant « pour comprendre et soigner son parent, avec l’espoir d’en être à son tour mieux compris et soigné. »

L’approche du traumatisme se situe dans la lignée des travaux de Sandor Ferenczi, hongrois comme eux. L’importance du clivage a été repérée en cure, par Nicolas Abraham et Maria Torok, par leur attention aux discours de leurs patients. Ils ont été frappés par l’importance, chez certains d’entre eux, des changements de rythme, d’intonation, d’accent, et même parfois de voix. Ils sont alors devenus attentifs à la manière dont un patient peut parfois parler en son nom propre, mais aussi d’autres fois, sans crier gare et sans s’en apercevoir lui-même, au nom d’un autre. Autrement dit, un patient peut parfois donner voix à quelqu’un d’autre à l’intérieur de lui. Et cela ne passe pas forcément par le discours, mais peut engager aussi les actes et les comportements. Nicolas Abraham donne ainsi l’exemple d’un garçon qui s’était mis à voler des soutiens-gorge à l’âge où sa jeune sœur, morte tragiquement quelques années auparavant, en aurait eu besoin. Il ne le faisait pas pour lui, mais pour elle, en s’identifiant à elle à l’âge qu’elle aurait eu alors.
Cette approche du clivage, avec la possibilité de s’identifier à un autre à son insu, trouve sa place dans une théorie générale de l’intériorisation qui oppose deux processus, l’introjection et l’inclusion psychique, l’une et l’autre faisant référence à une conception générale du symbole (Maria Török les fantômes de l’inconscient, Serge Tisseron)

Sigmund Freud

Dans Totem et Tabou, Sigmund Freud avait déjà évoqué la possibilité d’une « âme collective » pour tenter d’expliquer une transmission de l’inconscient d’une personne à l’inconscient d’une autre personne. Mais c’est Carl Gustav Jung qui a réellement ouvert la voie d’une approche transgénérationnelle avec sa théorie de l’ » inconscient collectif  » auquel chacun de nous aurait accès.

Anne Ancelin Schutzenberger

Mais c’est à Anne Ancelin Schutzenberger, psychologue française née à Moscou en 1919, que l’on doit l’essor de cette théorie, elle a créé le « génosociogramme », un arbre généalogique constitué des faits marquants et des événements importants, heureux ou malheureux, relevés sur plusieurs générations. Lorsqu’un problème présente des similitudes avec un autre survenu dans le passé, la psychothérapeute parle de « syndrome d’anniversaire », elle publie en 2002 son best seller, Aïe mes Aïeux.


Ce que racontent les photos de familles

A écouter sur France Culture, cette émission fort intéressante sur les photos de famille. Mme Chrisitine Ulivucci pratique la psychanalyse transgénérationnelle, elle est l’auteure de Psychogénéalogie des lieux de vie, ces lieux qui nous habitent ainsi que Ces photos qui nous parlent, une relecture de la mémoire familiale.

Mony Elkïm, neuropsychiatre, spécialiste des thérapies familiales


« Traumatismes : sont-ils héréditaires ? »

Documentaire de 2017, réalisé par Liz Wieskerstrauch
Ce film documentaire nous plonge au cœur d’une enquête poignante et passionnante. Viols, abus sexuels, guerres, exils, secrets de famille, comment les traumatismes de nos aïeux se transmettent et agissent sur les générations suivantes ; des symptômes comparables à ceux ayant été ressentis par les victimes peuvent être observables jusque dans le cerveau des descendants. Un stress intense vécu à la suite d’expériences traumatisantes peuvent être hérités et affecter le métabolisme sans aucune modification directe de l’information génétique.


Virginie Ferrara
Psychanalyste et Psychothérapeute Paris 9ème
Cabinet de psychanalyse et psychothérapie Active Paris 9ème
28, rue Vignon 75009 PARIS

 

Bibliographie

Didier Dumas, La Bible et ses fantômes , Paris, Desclée de Brouwer,
Didier Dumas, L’ange et le fantôme, introduction à la clinique de l’impensé généalogique, éd. Minuit, Paris, 1985
Boszormenyi-Nagy et Framo, Psychothérapies familiales, Paris, Puf, 1980
Anne Ancelin Schützenberger, Aïe, mes aïeux !, Desclée de Brouwer, 2009 (ISBN 978-2-220-05746-0)
Anne Ancelin Schützenberger et Ghislain Devroede, Ces enfants malades de leurs parents, Petite Bibliothèque Payot, 2003 (ISBN 978-2-228-90021-8)
Gaillard Thierry, La renaissance d’œdipe, perspectives traditionnelles et transgénérationnelles, Ecodition 2014, Genève,
Gaillard Thierry, L’intégration transgénérationnelle, aliénations et connaissance de soi, Ecodition, 2014, Genève.
Nina Canault, Comment paye-t-on la faute de ses ancêtres, éd. Desclée de Brouwer, Paris, 1998
Elisabeth Horowitz et Pascale Reynaud, Se libérer du destin familial, éditions Chemins de l’Harmonie, 2000
Evan Imber-Black, Le poids des secrets de famille, éd. Robert Laffont, Paris, 1999; éd. J’ai Lu, Paris, 1999
Chantal Rialland, Cette famille qui vit en nous, éd. Robert Laffont, Paris, 1994; éd. Marabout, 2000
Chantal Rialland, Vivre mieux grâce à la psychogénéalogie, éd. Robert Laffont, Paris, 2011
Hervé Scala, Mireille Scala, Des ancêtres encombrants ? Se réconcilier avec son histoire familiale, éd. Le Souffle d’Or, 2004
Patrice Van Erseel et Catherine Maillard, J’ai mal à mes ancêtres : la psychogénéalogie aujourd’hui, éd. Albin Michel, Paris 2002
Emilie Pécheul, Réenchanter son histoire familiale, petite introduction à la psychogénéalogie éd. Arsis, 2008
Alejandro Jodorowsky, Le Théâtre de la Guérison, entretiens avec Gilles Farcet, Albin Michel, coll. « Espaces libres », 1995
Gérard Athias, Les racines familiales de la « mal-a-dit », éditions Pictorus 2002
Bert Hellinger – Gabriele Ten Hövel, Constellations familiales, comprendre les mécanismes des pathologies familiales, éd. Le Souffle d’or, 2001
Potschka-Lang, Constanze, Constellations familiales, Guérir le transgénérationnel, comprendre les dynamiques qui handicapent notre vie, éditions Le Souffle d’or, 2001
Christophe Botti et Stéphane Botti – Distorsions, pièce de théâtre, Alna éditeur 2010
Richard Sünder — Médecine du mal, médecine des mots, Editions Quintessence, 2006.
Isabelle de Roux et Karine Segard, La psychogénéalogie expliquée à tous, Eyrolles Pratique, 2007 (ISBN 978-2-212-53892-2)
Françoise Dolto, La Cause des enfants, Paris, Robert Laffont, 1985 (ISBN 2-221-04285-9)
Daniella Conti, Mes 3 clés pour une santé vraie – Constellations Familiales et Bio-psychogénéalogie, NéoSanté Editions, 2012, (ISBN 978-2-9600249-3-7)